Zapper la récupération : pourquoi mes séances stagnaient sans que je comprenne

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La récup avait sauté, et mes jambes ont cogné le sol du studio du Passage Thiaffait, à Lyon, au premier squat. Un samedi matin pluvieux, après 5 semaines à enchaîner 4 séances par semaine, je suis restée devant le miroir avec une sensation de béton dans les cuisses, et le sol était froid sous mes chaussettes. Moi, Camille Desmarais, j’ai été convaincue que tenir le rythme me rendrait plus solide. C’est un retour d’expérience très concret : j’avais tort, et le plus bête, c’est que la progression s’était déjà bloquée depuis 3 semaines.

Au début, je pensais que c’était normal de forcer tous les jours

Je suis partie sur l’idée que 4 séances intenses par semaine suffisaient pour avancer sans pause. Entre les journées de boulot, les retours tardifs et ma fille de 6 ans, je calais mes entraînements quand la maison se calmait enfin. Les mardis, je sortais d’un renfo jambes, puis je rajoutais 20 minutes de cardio pour me ‘décrasser’ avant de rentrer. Le jeudi, je remettais un Pilates tonique, comme si chaque case cochée me protégeait d’une baisse de niveau plus tard.

J’étais sûre de moi, et j’ai confondu régularité et obstination. Je me suis retrouvée à croire qu’une séance légère me faisait perdre du terrain, alors j’enchaînais les blocs sans vraie respiration. Comme j’avais laissé la danse derrière moi, je voulais retrouver cette tenue sèche, presque précise, que je connaissais sur scène. Dans ma tête, pousser plus dur ressemblait à la seule façon de rester sérieuse.

Les premiers signaux ont été minuscules, puis ils ont collé à mes journées. Les courbatures ne retombaient plus avant le troisième jour, surtout dans les mollets, et le matin je descendais les deux étages avec les jambes raides. Un tiraillement au tendon d’Achille revenait à froid, puis se faisait oublier juste assez pour que je le minimise. Dans le bus, j’avais cette sensation de jambes cotonneuses, avec une chaleur diffuse et sans douleur franche.

Le grain de sable que je n’avais pas vu venir

Le samedi où j’ai compris, il pleuvait sur les vitres du studio du Passage Thiaffait. J’ai mis trois minutes à finir l’échauffement, et j’avais déjà l’impression d’avoir fait la séance. Les premières fentes restaient courtes, et mes appuis semblaient collés au sol. Je respirais plus court que d’habitude, dès le premier enchaînement facile.

Le déclic a tenu à un détail idiot. Ma série de squats au poids du corps tremblait plus tôt que d’habitude, comme si la coordination lâchait avant les muscles. Mon échauffement ne déverrouillait plus rien, et mes hanches restaient rigides. Je me suis dit que ça passerait au bout de dix minutes, puis la séance a gardé la même lourdeur.

J’ai quand même voulu finir, parce que j’étais partie pour le bloc complet. Quand j’ai raté un mardi, j’ai voulu compenser le jeudi avec deux efforts intenses collés, et j’ai ajouté dix minutes de cardio à la fin. J’ai même étiré fort le mollet qui tirait déjà, comme si je pouvais le remettre d’aplomb à coups de volonté. Je suis rentrée du marché de la Croix-Rousse avec les cuisses encore plus lourdes, et ma gêne a traversé le week-end.

Les conséquences que j’ai prises en pleine figure

Le plus vexant, c’est le plateau. Pendant 12 séances, j’ai gardé les mêmes charges sur mes fentes bulgares et les mêmes rythmes sur le vélo, mais l’effort a doublé. Là où je terminais proprement, je finissais en grimaçant, et la progression s’est arrêtée net. Pour quelqu’un comme moi qui note tout, c’était impossible à rater.

Le manque de peps a débordé partout. Je dormais 5 heures 40 certaines nuits, avec un réveil vers 3 h 20, puis une tête lourde au matin. Dans mes articles, je relisais mes phrases en me frottant le front au lieu de me concentrer, et il m’arrivait de reprendre deux fois la même ligne. À la maison, ma fille me demandait de jouer au sol, et je n’avais plus l’élan pour ça, même pour des choses simples.

Le corps, lui, parlait plus fort que moi. Les cuisses restaient dures jusqu’au surlendemain, les mollets tiraillaient dès la descente du lit, et le tendon d’Achille me réveillait à froid au premier pas. J’ai même vu une vieille gêne sous la hanche revenir quand j’ai voulu étirer fort après un cours. Ce n’était pas une grosse blessure, mais c’était assez net pour me mettre les nerfs en boule, et si ça avait persisté, j’aurais laissé ça à un kiné.

Ce que j’aurais dû faire (et ce que je fais maintenant)

Je n’avais pas compris que la récup faisait partie du bloc, pas du bonus. Après un gros cours jambes, il me fallait 48 heures, par moments 72, pour retrouver des appuis propres. Quand j’ai commencé à poser une semaine allégée toutes les 5 semaines, mes jambes sont redevenues plus disponibles à l’effort. Ce n’était pas spectaculaire, mais le mouvement redevenait plus fluide.

  • Les escaliers me paraissaient lourds avant même d’arriver à la salle.
  • L’échauffement ne déverrouillait plus les hanches, et les premières fentes restaient courtes.
  • Mes courbatures tenaient jusqu’au surlendemain.
  • Une petite douleur à froid revenait au tendon d’Achille ou sous la hanche.

Ce que je n’avais pas vu, c’est que le vrai signal venait avant la séance, pas pendant. Je suis devenue plus attentive aux matins où monter les escaliers me coûtait déjà. Quand l’échauffement ne relâchait plus rien, je le prenais enfin pour ce qu’il était. J’avais beau aimer le rythme, mon corps me disait qu’il avait déjà commencé à lever le pied.

J’ai aussi déplacé la séance la plus dure après une vraie nuit correcte, au lieu de la glisser en fin de semaine. Les jours de fatigue, je gardais de la marche tranquille ou dix minutes de mobilité douce, sans rajouter une couche pour me prouver quoi que ce soit. J’ai arrêté le cardio en bonus après le renfo jambes, et j’ai laissé le volume baisser sans tout couper. La reprise suivante était moins lourde, et ça m’a fait tout drôle, dans le bon sens.

La facture que j’ai payée (et pourquoi je ne referai pas la même erreur)

J’ai perdu 12 séances à courir après une progression qui ne venait plus. Sur le papier, ça ressemblait à des semaines bien remplies, mais j’avais surtout empilé de la fatigue. J’ai laissé 58 euros dans une séance que j’ai écourtée, sans en tirer grand-chose, et ma carte de cours a traîné à moitié vide. Ce qui m’a minée, ce n’était pas juste le temps perdu, c’était l’impression de pédaler dans la semoule.

À la maison, j’étais moins dispo. J’avais moins d’énergie pour jouer avec ma fille, et je finissais plus vite agacée par les petits imprévus du soir. Au travail, la tête restait plus lourde, et mes brouillons perdaient leur netteté. Même un aller-retour jusqu’à la boulangerie du quartier me donnait l’impression d’avoir tiré une journée entière.

Si j’avais compris plus tôt ce que je voyais au studio du Passage Thiaffait, j’aurais évité cette boucle inutile. Pour quelqu’un qui accepte de laisser une séance de côté et de baisser le volume sans drame, ça m’aurait paru plus juste que de m’entêter. Moi, j’aurais aimé savoir avant que 3 semaines de plateau pèsent plus lourd qu’une séance manquée. Ça m’a coûté de la fatigue, un peu d’argent, et ce petit goût amer qui reste quand on force au mauvais moment.

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La rédactrice