Comparer mon corps aux autres m’a fait perdre un an de progrès

Par

Comparer mon corps aux autres m’a fait perdre un an de progrès, et dans le studio M’Pilates, mes jambes ont tremblé au milieu d’un pont fessier. J’avais déjà changé de méthode toutes les deux semaines, laissé 47 euros dans des vidéos en ligne, et je n’avais presque rien stabilisé. Au bout de 11 mois, je ne voyais plus que ma fatigue dans le miroir.

Au début, je croyais que changer de programme sans arrêt m’aiderait à progresser plus vite

Entre mes articles à rendre et ma fille de 6 ans qui réclamait son goûter, je cherchais une routine courte et nette. J’ai été convaincue que je manquais surtout de méthode. Instagram m’a poussée dans ce coin-là, avec ses silhouettes lisses et ses ventres très plats. Je suis partie du principe qu’un corps plus sec apparaîtrait vite si je m’appliquais assez fort.

Je me suis retrouvée à passer d’un programme de renforcement doux à la barre au sol, puis au yoga, sans laisser le moindre temps d’adaptation. J’avais l’impression de faire quelque chose de bien à chaque nouveau tapis déroulé. En vrai, je suivais surtout ce que je voyais chez les autres, pas ce que mon corps était prêt à encaisser. J’ai changé de méthode toutes les deux semaines, comme si l’herbe d’à côté avait toujours l’air plus verte.

Le détail que j’ai ignoré, c’est la fatigue cumulée. Mes épaules montaient, ma mâchoire se serrait, et ma respiration restait courte dès l’échauffement. En yoga, je n’arrivais plus à garder le bassin neutre, alors je cambriais. En barre au sol, rentrer le ventre en permanence bloquait mon placement et cassait la fluidité des mouvements.

Le matin, je montais sur la balance avant même mon café, puis je modifiais mon dîner dès que le chiffre bougeait d’un cran. J’ai été frappée par le temps perdu à relire mes photos de studio et mes stories, comme si elles pouvaient me dire qui j’étais. Je regardais mes bras, mes cuisses, mon ventre, et le reste du corps disparaissait du cadre. J’ai fini par croire que la tension me rendait sérieuse, alors qu’elle me rendait juste raide.

Le jour où j’ai compris que ça ne marchait pas, malgré tous mes efforts

Un samedi pluvieux, dans mon garage que j’avais vidé pour y mettre un tapis et deux haltères, j’ai dû couper une séance de renforcement au milieu du troisième bloc. Le sol sentait le béton froid, et la fenêtre buvait la pluie. Mes jambes étaient vides, pas fatiguées, vides. Je suis rentrée avec cette sensation très nette d’avoir forcé pour rien.

Le vrai choc est venu d’une photo prise à la lumière du jour, après un cours au studio M’Pilates. Sur l’image, mon dos paraissait plus long et mes appuis plus stables que dans mon souvenir. Je n’avais pas vu cette progression dans le miroir. Je me suis sentie bête, parce que je cherchais encore un défaut au lieu de regarder ce qui tenait enfin.

J’avais aussi voulu aller trop vite sur l’alimentation, comme la fille croisée un mardi en salle, et la chute d’énergie a été nette. Mes répétitions tombaient plus tôt, mes courbatures duraient trop longtemps, et je récupérais mal entre deux séances. Je suis devenue obsédée par la balance, puis je me suis retrouvée à sauter des entraînements dès qu’un chiffre m’agaçait. Je n’avais pas besoin d’un grand discours pour voir que ce cercle-là me vidait.

Les dégâts concrets que cette errance m’a causés, sur mon corps et mon moral

J’ai perdu 11 mois à changer de méthode tous les 14 jours, et je n’ai presque rien gagné en tenue ni en souffle. J’avais trois programmes ouverts sur mon téléphone, mais aucun fil qui tienne. J’avais aussi laissé 47 euros dans des routines que je n’ai jamais menées au bout. La fatigue m’a forcée à lever le pied pendant 3 semaines, alors que je croyais justement accélérer.

Le moral a suivi la même pente. La balance occupait mes matins, les photos prenaient trop de place, et je me crispais avant même de dérouler le tapis. Je sautais une séance dès qu’un chiffre m’agaçait, puis je passais la soirée à culpabiliser. Pas terrible. Vraiment pas terrible. Dans les vestiaires, je ne voyais plus que le ventre, les cuisses ou les bras, comme si tout le reste avait disparu.

J’ai voulu ressembler à des corps très secs vus sur Instagram, et j’ai fini par rentrer le ventre en permanence. Mon bassin s’est serré, mes lombaires ont commencé à tirer, et mes mouvements ont perdu leur fluidité. En danse, je me suis mise à forcer au lieu de laisser passer le geste. J’ai compris trop tard que cette copie m’avait fait perdre du relâchement, pas gagner de la maîtrise.

Ce que j’aurais dû faire et ce que je sais maintenant pour ne pas refaire cette erreur

J’aurais dû laisser le même programme 12 semaines d’affilée, et même 8 semaines m’auraient déjà appris plus que mes virages de 14 jours. J’aurais regardé la tenue d’un gainage, la durée d’une séance, ou l’aisance dans une posture, pas l’effet d’une photo. J’ai appris, un peu tard, que le corps parle dans la régularité, pas dans le coup d’éclat.

Les signaux étaient là, et je les ai laissés passer. Fatigue qui colle au réveil, mâchoire serrée, respiration courte, épaules hautes, tout était déjà écrit sur mon visage. Quand bouger ressemble à une obligation, je ne suis plus dans le plaisir, je suis dans la fuite. J’aurais voulu comprendre plus tôt que la comparaison me volait même l’envie d’ouvrir mon tapis.

Pour ce qui touchait à l’alimentation ou à une douleur qui s’installe, je me serais tournée vers une vraie spécialiste, pas vers mon reflet. Je n’ai jamais su régler seule ce mélange de stress et de restriction quand je m’acharnais à me comparer. J’ai hésité un moment à demander un avis sur mon assiette, puis j’ai compris que le nœud venait d’ailleurs. Ce n’était pas une question de contrôle, c’était une question de tête saturée.

Quand je suis rentrée un soir avec ma fille et que je l’ai vue danser sans se juger, j’ai pris la mesure du gâchis. Elle tournait sur elle-même devant le meuble du salon, sans se demander si ses cuisses étaient trop visibles. Moi, je voulais encore corriger un corps qui n’avait rien demandé. J’ai compris alors que la comparaison m’avait rendue moins régulière, moins souple et moins libre, même dans le studio M’Pilates.

Avatar de Camille Desmarais
La rédactrice