Comment j’ai fini par aimer les cours collectifs alors que j’étais sûre de les détester

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Le parquet de Yoga Kula collait un peu sous mes pieds nus, et le souffle des autres remplissait la salle d’un rythme presque régulier. J’étais en posture du guerrier, les cuisses déjà tremblantes, quand j’ai entendu une voix derrière moi compter ses répétitions à mi-voix. Au bout de 10 minutes, le bruit des souffles m’a sortie de ma tête. J’ai calé mon expiration sur celle du groupe, et la posture m’a paru moins hostile.

Quand j’ai décidé de tenter les cours collectifs malgré mon scepticisme

Je suis Camille Desmarais, rédactrice du magazine Academy Danza et ancienne danseuse amateur. J’ai longtemps cru que les cours collectifs me fatigueraient plus qu’ils ne m’aideraient. Je débutais en yoga et en renforcement, avec des soirées déjà prises et les week-ends remplis par ma fille de 6 ans. Je regardais les cartes de 10 séances comme une petite décision à ne pas prendre à la légère.

Le créneau fixe m’a décidée plus que l’envie. À 19h15, un mardi de novembre, je savais que je devais partir, même quand la motivation était au ras du tapis. Après une quinzaine d’années à danser, j’ai vu que ce rendez-vous m’évitait de négocier avec moi-même. J’y suis allée pour retrouver un cadre, pas pour me prouver quoi que ce soit.

J’avais aussi entendu pas mal d’avis coupants dans les vestiaires et chez les profs. Les échanges avec des professeur·es et coachs rencontré·es en cours m’avaient prévenue sur la comparaison, les salles trop pleines, et les postures qu’on copie mal au fond. Je m’étais quand même dit que trois ou quatre séances me fixeraient vite. Je me trompais sur le rythme, pas sur l’intérêt d’essayer.

Le début chaotique où j’ai cru que ça n’allait pas marcher pour moi

Les premières séances ont été brouillonnes. La salle sentait le tapis chauffé, le parquet, et une transpiration légère de fin de soirée. Le cours durait 50 minutes, mais j’avais l’impression d’en passer dix à chercher où poser mes mains. La lumière était basse, la musique un peu trop présente, et les corrections du prof me traversaient par moments sans que je les comprenne.

Le moment où j’ai failli lâcher est arrivé sur un cours de renforcement. J’ai suivi les plus rapides dès l’échauffement, et j’ai brûlé mes jambes avant le deuxième bloc. Ma respiration s’est bloquée, mon buste s’est relevé trop tôt, et j’ai dû lever la main pour ralentir. Douze heures plus tard, l’escalier de mon immeuble me faisait grimacer, et mes poignets tiraient encore.

Je me suis aussi mise trop loin du coach, derrière des habituées qui connaissaient déjà les enchaînements. J’ai copié leurs placements de travers, surtout sur les squats et les appuis des bras, et j’ai perdu une partie des consignes. En yoga, j’ai voulu allonger l’amplitude pour faire comme elles, puis j’ai senti un pincement dans le bas du dos. Pas terrible. Vraiment pas terrible.

J’avais aussi du mal à gérer ma respiration en renfo collectif. Dès que je bloquais l’air, je devenais rouge en quelques secondes, et mes épaules montaient toutes seules. Un jour, sur des fentes, j’ai senti mon bassin partir de côté, et j’ai dû reprendre plus bas pendant que le reste du groupe continuait. Ce n’était pas glorieux, mais j’ai compris la différence entre suivre et m’arracher.

Ce qui m’a surprise, c’est que le groupe me tirait quand même vers la fin. Dans les dernières répétitions, le compte à rebours du coach, « encore 10 secondes », changeait tout. J’avais déjà les jambes tremblantes, mais je reprenais trois répétitions sans trop réfléchir. À la sortie, je sentais encore la salle dans mon souffle.

Le jour où j’ai vraiment compris ce que le groupe m’apportait

Le vrai basculement est venu dans une autre séance de yoga, un jeudi soir. J’étais en guerrier II, le regard fixé sur un point, et la salle est devenue presque silencieuse. Le souffle du groupe était presque audible, régulier, posé, et mes jambes vibraient juste assez pour que je m’en rende compte. J’ai arrêté de penser à tenir, et j’ai juste suivi.

Après ce cours, je me suis rapprochée du prof et j’ai choisi un créneau avec 12 personnes, pas plus. Je me suis mise au premier rang, près de lui, pour voir les appuis et le placement des épaules. Quand il m’a dit « rentre les côtes » puis « plie un peu plus les genoux », j’ai senti l’équilibre changer d’un coup. Le cours est devenu plus lisible, et je me suis moins cachée.

Ce que j’ai appris en continuant et ce que je ferais différemment aujourd’hui

Avec près de vingt ans de pratique personnelle, mon propre ressenti de pratique sur la durée m’a confirmé des choses très simples. En yoga, la respiration collective m’a aidée à tenir une posture sans forcer la mâchoire ni chercher la profondeur pour le principe. En renforcement, j’ai appris à ne pas partir au rythme de la plus rapide, sinon je finis rincée avant la fin du bloc. Ce que je voyais comme de la pression est devenu un repère.

Aucun diplôme ni certification professionnelle (ni coach, ni kinésithérapeute, ni professeure diplômée) ne m’a donné de raccourci. Ce sont les échanges avec des professeur·es et coachs rencontré·es en cours qui m’ont appris la différence entre un bon élan et une séance qui part trop vite. Quand je me calais dans un groupe de 5 à 20 personnes, je sentais mieux le tempo, et je trichais moins.

Je referais sans hésiter les classes à taille humaine, les tapis placés près du coach, et les créneaux que je peux vraiment honorer. Je ne referais pas la séance bondée où je voyais mal les appuis, ni celle où j’ai voulu suivre tout le monde sans respirer. Quand je reste à ma place, le cours me porte mieux que ma propre impatience.

J’ai aussi fini par regarder les cartes de 10 séances autrement. En petit studio, elles m’aidaient à revenir sans me sentir coincée par un abonnement lourd. La première fois que j’ai payé la séance, j’ai trouvé le ticket trop haut pour une routine floue. Après quatre passages, je voyais déjà que le cadre m’évitait de traîner.

Au fond, ces cours m’ont surtout aidée quand j’ai accepté de lâcher un peu le contrôle et de me laisser guider par la salle. Les séances solo et les vidéos à la maison m’ont servi, mais elles ne m’ont jamais donné ce petit sursaut du groupe. Quand je coupe la musique et que je m’entraîne seule, je pars plus vite vers l’abandon. En collectif, je tiens davantage.

Ce que j’ai gardé de ces soirées-là

En sortant de Yoga Kula, rue de la République, j’ai compris que je ne détestais pas les cours collectifs. Je détestais seulement les salles où je me perdais au fond, trop loin du regard du coach. Ancienne danseuse amateur, j’ai fini par garder ce cadre pour les soirs où je n’ai plus d’élan, pas pour faire mieux que les autres.

Je sais aussi que ça ne parle pas à tout le monde. Pour quelqu’un qui accepte de travailler dans un groupe de 5 à 20 personnes et de ne pas partir au rythme du plus fort, l’expérience a du sens. Pour une douleur qui s’installe, je m’arrête et je demande l’avis d’un professionnel de santé, pas un avis de magazine. Ce soir-là, à Lyon, j’ai rangé mon tapis avec l’impression d’avoir trouvé une place juste assez simple pour respirer.

Je garde aussi un souvenir précis des rares cours à 25 personnes. Je n’y voyais presque plus le coach, et je passais mon temps à corriger mes appuis au lieu de suivre le cours. À l’inverse, un groupe de 12 me laisse encore de l’espace et un vrai contact avec la salle. C’est là que je respire le mieux, et c’est là que je reviens.

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La rédactrice